Magazine Véro, Noël 2016

Pour l’édition de Noël 2016 du Magazine Véro, j’ai eu l’occasion d’être interviewée par Valérie Schiltz. Le texte intitulé « Réseaux sociaux : Quel est votre cyberprofil ? » rapporte mes propos au sujet de l’importance de la modération lorsque nous publions du contenu en ligne.

Depuis quelques années déjà, les chercheurs s’intéressent aux aspects psychologiques des médias sociaux. Cependant, encore à ce jour, la littérature scientifique n’est pas en mesure de fournir une description aussi détaillée des profils des usagers des médias sociaux.

Le texte permet toutefois de s’interroger sur ses comportements en ligne. La cyberdépendance aux médias sociaux se manifeste par une préoccupation importante face à son utilisation des médias sociaux et par des symptômes de manque quand l’accès est impossible (irritabilité, colère, ennui, etc.). Si vous pensez que votre usage des médias sociaux nuit à votre fonctionnement ou à votre vie, n’hésitez pas à consulter un psychologue. Une démarche en psychothérapie pourra vous aider à résoudre votre difficulté.

Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue

TV Laval Nouvelles :: Cyberdépendance et utilisation problématique des médias sociaux

En octobre dernier, Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue, a eu la chance d’accorder des entrevues à l’émission TV Laval Nouvelles. Les entrevues menées par Valérie Gendron portaient sur la cyberdépendance ainsi que sur l’utilisation des médias sociaux. D’autres entrevues sont à venir en novembre sur l’utilisation des jeux vidéo et les relations virtuelles.

Pour visionner les entrevues :

  • TV Laval Nouvelles, entrevue sur la cyberdépendance accordée à Valérie Gendron , 23 octobre 2016.
  • TV Laval Nouvelles, entrevue sur les médias sociaux accordée à Valérie Gendron, 30 octobre 2016.

Facebook : quels sont les types d’usagers ?

facebook

Par Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue spécialisée en cyberdépendance et nouvelles technologies

Les médias sociaux intègrent à la fois les technologies, les interactions sociales et la création de contenus. Les médias sociaux regroupent une grande variété de sites ou d’applications comme les réseaux sociaux (Facebook), les microblogues (Twitter) ou encore les sites de partage de photos ou de vidéos (Instagram, YouTube).

Facebook est sans conteste le site de réseautage social le plus populaire. En juin 2016, il comptait en moyenne plus de 1,13 milliard d’usagers actifs par jour. Avec cette immense popularité, de nombreux chercheurs dans le domaine de la psychologie et des sciences sociales se sont intéressés à Facebook afin de mieux comprendre le comportement de ses usagers.

De récentes données scientifiques révèlent deux types d’usagers de Facebook : les usagers passifs et les usagers actifs. Les usagers passifs consultent ou surveillent la vie des autres usagers en regardant leurs profils. Les usagers actifs sont ceux qui interagissent avec d’autres contacts sur Facebook. Leurs interactions peuvent être publiques (les communications s’effectuent dans un environnement public entre tous les contacts) ou encore privées (les communications s’effectuent dans un environnement privé, confidentiel et sécuritaire avec des contacts ciblés). Les interactions publiques permettent de communiquer avec un plus large réseau de contacts avec qui les liens sont plus faibles tandis que les interactions privées sont effectuées dans les cercles d’amis plus restreints où les liens sont plus solides et étroits.

De façon générale, les communications actives réduiraient le sentiment de solitude et favoriseraient le bien-être. Toutefois, il serait possible d’observer des effets néfastes aux communications actives dans un environnement en ligne public (par exemple, lors des mises à jour du statut). En effet, le ton et la fréquence des rétroactions (commentaires) à la suite d’une publication auraient un impact sur le bien-être et l’humeur, notamment chez les adolescents. Ainsi, l’absence de rétroaction pourrait être perçu comme un signe de rejet ou d’exclusion. La publication de nombreux commentaires négatifs serait également néfaste.

En ce qui concerne l’usage passif de Facebook (i.e. consulter le profil des autres), les données montrent que certaines personnes, notamment les femmes et les adolescents, seraient plus sujettes aux effets néfastes de l’utilisation passive de Facebook. Dans les interactions sur les réseaux sociaux, il est très facile de savoir ce que les autres font et d’avoir des informations sur eux. Selon la théorie de la comparaison sociale (Fertinger, 1954), les individus tendent à se comparer aux autres (par exemple, à propos de leurs opinions ou de leurs capacités) afin de savoir où ils se situent et d’évaluer leur propre valeur. Ainsi, la comparaison avec les autres permet de s’évaluer soi-même afin de s’améliorer. Les réseaux sociaux peuvent donc devenir un moyen de s’évaluer et de se comparer à travers le profil des autres usagers. Le contenu affiché sur les profils optimise souvent la présentation de soi en illustrant des expériences positives qui favorisent une impression de bien-être. Pour une personne qui tend à se comparer aux autres, elle peut donc avoir l’impression que les autres sont plus heureux qu’elle, ce qui entraîne inévitablement des émotions désagréables. Il semblerait que les femmes auraient tendance à utiliser davantage les sites de réseautage social pour se comparer aux autres.

Enfin, malgré ces inconvénients, les usagers qui possèdent un réseau social développé hors ligne ont plusieurs bénéfices à utiliser les réseaux sociaux en ligne. En effet, à travers l’utilisation des réseaux sociaux, ils peuvent plus facilement consolider et maintenir leurs relations existantes, ce qui aurait un impact favorable sur la perception du soutien social.

Sources.

Frison, E. & Eggermont, S. (2016). Exploring the relationships between different types of Facebook use, perceived online social support, and adolescents’ depressed mood. Social Science Computer Review, 34(2), 153-171.

Facebook Statistics. http://newsroom.fb.com/company-info/

Qu’est-ce qui motive les gens à prendre et à publier des selfies sur les médias sociaux ?

selfie

Par Dre Marie-Anne Sergerie, Ph.D., psychologue spécialisée en cyberdépendance et nouvelles technologies

En 2015, 73% des adultes québécois utilisaient les médias sociaux. Les plus grands utilisateurs sont les adultes âgés de 18 à 44 ans (environ 91%; CEFRIO, 2016). À chaque jour, on estime qu’approximativement 93 millions de selfies sont capturés par l’entremise de téléphones intelligents. Les femmes et les jeunes adultes seraient plus susceptibles de prendre des selfies. En effet, selon des données américaines, 98% des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans prendraient des selfies.

Qu’est-ce qu’un selfie ? Un selfie est une photographie de soi (autoportrait photographie) prise par soi-même, habituellement dans le but d’être partagée dans les médias sociaux. Les selfies sont généralement pris avec un téléphone intelligent, une caméra numérique ou une tablette. En français, on utilise fréquemment le terme égoportrait, qui accole cependant une étiquette plutôt négative.

Qu’est-ce qui motive les gens à se prendre en photo et à publier leurs selfies sur les réseaux sociaux ?

Il y aurait 4 grandes motivations à publier des selfies : 1) la recherche d’attention, 2) la communication, 3) l’archivage et 4) le divertissement.

La recherche d’attention

Les médias sociaux sont une plateforme par excellence pour les personnes qui recherchent la validation et l’approbation des autres. Les médias sociaux permettent de publier facilement et rapidement du contenu à propos de soi : mises à jour du profil ou du statut, publication de messages sur les murs, etc. Les selfies n’y échappent pas! Ils permettent d’exposer facilement ses intérêts et ses valeurs. Les réactions (« J’aime » ou « Like ») ou les commentaires positifs reçus lors de la publication d’un selfie peuvent, pour certains, être une façon d’obtenir de la validation sociale. Toutefois, il importe de rester prudent afin d’éviter que les selfies ne deviennent l’unique source de gratification! Dans ce cas, le risque est que le niveau d’estime de soi de l’usager (c’est-à-dire la valeur personnelle qu’il s’attribue) repose uniquement sur les rétroactions obtenues pour la publication de ses selfies.

La communication

Les selfies ont un caractère très personnel et permettent de communiquer facilement avec les autres usagers, de façon directe (par l’entremise des commentaires) et indirecte (par les réactions, les « J’aime » ou émoji). Par la publication d’un selfie, un autre usager peut entamer une brève conversation en émettant des commentaires. Les femmes seraient plus susceptibles de répondre à leurs besoins sociaux en procédant de cette façon.

L’archivage

Les appareils mobiles sont maintenant dotés d’appareils photos de plus en plus performants et facilitent la publication en ligne. De leur côté, les médias sociaux permettent d’archiver facilement du contenu dans un espace public. Certains usagers vont donc prendre des selfies ou des photos et les publier sur les médias sociaux afin de documenter des occasions ou des événements spéciaux dans leurs vies.

Le divertissement

Certains usagers vont prendre et publier des selfies sur les médias sociaux afin de se divertir. Leur motivation est souvent d’avoir du plaisir et d’éviter l’ennui. En soi, si cette pratique est occasionnelle, il n’y a pas de problème. Par contre, si la publication de selfies devient la principale façon de se divertir, il y a lieu de s’interroger.

Est-ce un problème de prendre et de publier des selfies ?

Prendre et publier des selfies n’est pas un problème en soi. Les selfies sont un phénomène culturel propre au monde d’aujourd’hui. Ils sont aussi une nouvelle façon de communiquer, de partager et de s’exprimer. Les problèmes se manifestent habituellement dans les excès (la fréquence et le nombre de selfies) et dans la fonction du comportement (ce qui me motive à le faire, ce que le comportement me procure, les besoins qu’il comble).

Les adolescents sont particulièrement friands des selfies. Ils sont aussi plus susceptibles de rechercher à sélectionner la photo idéale et ont tendance à se dévoiler plus facilement. À un stade de développement où les ados sont en pleine construction de leur identité, une réflexion avec eux s’avère nécessaire pour les outiller à faire face à ces nouveaux phénomènes et à adopter une utilisation responsable.

Sources.

CEFRIO. (2016). Les médias sociaux : plus présents dans le processus d’achat des Québécois.

Dhir, A., Pallesen, S., Thorsheim, T. & Andreassen, C. S. (2016). Do age and gender differences exist in selfie-related behaviours? Computers in Human Behavior, 63, 549-555.

Sung, Y., Lee, J-A, Kim, E. & Choi, S. M. (2016). Why we post selfies: Understanding motivations for posting pictures of oneself. Personality and Individual Differences, 97, 260-265.